Petit Dragon @ La Route du Rock - troisième jour

L’AUTRE DIMENSION, Dimanche 16 août à Saint-Malo

- Fabien : « Pfffff, waïooohhhhhh…. J’ai trop de mal aujourd’hui ».
- Petit Dragon : « Faut remettre tout de suite dedans, et ça repartira comme en quarante ».
- Fabien : « Ouais, ouais. J’sais bien ».
- Petit Dragon : « Tu bois quoi ? ».
- Fabien : « J’vais prendre un demi ».

[ndlr. pour comprendre tout ce qui s'écrit ci-dessous, mieux vaut se farcir le compte-rendu des deux jours précédents. C'est un genre de feuilleton].

Ce dernier jour à la Route du Rock est particulier. Pour l’une des rares fois dans l’année, Petit Dragon entrera ce dimanche dans L’Autre Dimension. Atteinte principalement grâce à l’absorption d’une indécente quantité d’alcool pendant trois à quatre jours d’affilée (compter en moyenne six heures de tétée avant chaque nouvelle aube), L’Autre Dimension autorise son pensionnaire à considérer quelques heures durant le tord-boyaux comme son plus fidèle bienfaiteur, son eau de jouvence, sa liqueur purifiante, sa Zooey Deschanel d’un soir. Pendant l’étourdissement éthylique (les spécialistes parlent parfois de coma), le sujet engloutit des litres et des litres de liquide à haut degré sans subir le moindre méfait. Au contraire, gorgées après gorgées, un bien-être vicié l’étreint sournoisement pour le rendre meilleur, plus drôle, plus intelligent, plus heureux (surtout). Aussi fantoche soit-elle, c’est l’apothéose, pense-t-on. C’est de l’alcoolisme notoire, contestent les spécialistes. Quoiqu’il en soit, on y sera, et pas qu’un peu.

> TELEPATHE, 16h00 au Palais du Grand Large

- Une inconnue au bataillon : « C’était vraiment génialissime Telepathe, le meilleur concert que j’ai vu depuis le début du festival ».
- Petit Dragon (dans sa tête, parce qu’il n’ose pas parler aux inconnuEs) : « Ah ben putain ».

P1040403

Sur disque, Telepathe donne envie de chalouper en ressentant le monde s’effondrer sous ses pas.  Sur scène, Telepathe donne envie de se pendre en ressentant avec soulagement ses oreilles cesser toutes activités auditives. Les voix, censées engouffrer l’auditeur en pleine profondeur hypnotique, sont plates comme Birkin. Les deux lesbiennes (s’imagine-t-on pour pimenter un minimum l'affaire) s’agitent sur leurs claviers comme des étoiles de mer sous l’homme.

P1040406

Si quelques coups de pression de Melissa brisent parfois la léthargie, tout paraît factice, on ne distingue plus vraiment ce qui tient de l’enregistré et du live. La désincarnation est presque totale. Observer le public assis donne même au spectacle des allures de projection cinématique, comme si on voyait là un documentaire en plan fixe sur les balbutiements de la scène synth-cold des années 80. Heureusement, la sono hormonée de la salle octroie aux nappes antédiluviennes de la doublette une puissance bienvenue qui rendra cette performance un chouïa meilleure que celle aperçue au MIDI-Festival.

> GANG GANG DANCE, 17h25 au Palais du Grand Large

- L’ouvreuse de la salle : « Vous êtres trois ? Je peux en asseoir deux ici, et un autre là-bas. Ou sinon, vous pouvez vous installer au balcon ».
- Petit Dragon : « Ah bon ? Vous voulez dire qu’il n'y a pas beaucoup de monde au balcon (LOL) ».

P1040411

Après quelques étirements du bassin réalisés en frappant son bas-ventre contre ses cymbales, l’allumeuse Lizzi Bougatsos rameute ses collègues au turbin, et c’est le grand chambardement sensoriel qui débute avec dix minutes d'un Vacuum étourdissant. Les rythmiques sont démultipliées. Ça tabasse à tous les étages. C’est ardu, mais saisissant. La leste et lascive Lizzi, cheveux longs comme Ringer, capte l’attention telle une persistence rétienne. Une sioux à la voix de geisha. Gang Gang Dance, dont les membres n’ont paraît-il pas dormi depuis trois jours (ça nous fait un point commun), mêle bravoure animale et new age quelque peu vaseux en une seule coulée incantatoire, tribale et lysergique.

P1040427

Plusieurs personnes se font la malle, au contraire d'un loulou asiatique complètement défoncée qui monte sur la scène pour ne plus la quitter.

P1040443

Il s’en va juste quelques minutes dans les loges pour revenir avec un manche à balai au bout duquel il a déroulé un sac poubelle. Ça fait un drapeau, du coup. Un drapeau noir, signe que Gang Gang Dance n'est pas près de capituler, et aurait mérité de prendre d'assaut le Fort de Saint Père pour y dégoupiller la trop grande quiétude ambiante.

P1040447

P1040454

> BILL CALLAHAN, 19h30

- Fabien : « Je veux voir Bilou, moi. J’aime bien son dernier album ».
- Petit, un ami de Fabien à ne pas confondre avec Petit Dragon : « On va prendre un coup de Vodka* au camping, avant ? ».
- Fabien : « Ouais, allez. Vite fait alors ».

P1040459

Incroyab’ ! Véhiculé autrement que par l'une de ces putains de navettes qui débarquent à la Saint Glinglin, on parvient au Fort de Saint Père à temps pour apercevoir une partie du concert d’ouverture. Bill Callahan, donc. Entouré par une violoniste charnue, un batteur dont on a aucun souvenir, un contrebassiste nounours, et le bassiste guitariste le plus indolent jamais vu. Les amateurs de Smog sont nombreux, eux qui réagissent au doigt à et à l’œil lorsque les graves intonations de Bilou débutent de façon familière à leurs oreilles. Bill profite à plein de son aura de stentor.

P1040464

Chemise blanche largement ouverte, tiffes de bellâtre, il bouge a minima, prend un temps fou entre chaque morceau, mais fait trembler les cœurs dès que son timbre insondable résonne. Avant un final apaisé, le songwriter aura fait claquer une salve électrique ébouriffante. Après la noise attitude de vendredi, et la fête du slip attendue de samedi, la production folk rock et les instrumentations différentes de Callahan augurent d’une dernière soirée au niveau supérieur.

P1040463

> ANDREW BIRD, 20h40

- Petit Dragon, qui entame peu à peu son élévation dans L’Autre Dimension : « C’était vraiment bien André l’Oiseau, le meilleur concert du festival pour le moment ».
- Fano, employé du label Monopsone qui montrait encore sa quéquette au stand merchandising deux jours avant : « Ah oui, ça c’est sûr. Tu prêches un convaincu, Lulu ! ».

P1040468

La petite balance de dialogue ci-dessus a vendu la mèche. Ainsi, Andrew Bird a délivré le meilleur concert anglo-saxon de cette édition 2009 (on n’a pas trop à se farfouiller les méninges pour trouver qui a délivré la meilleure performance française). Non content de ressembler à David Duchovny (et le bassiste, c’est sa Gillian Anderson joufflue), le violoniste siffloteur André L'Oiseau charme son public sans une once de mise en scène, mais avec un monde de concentration. Il n’étale pas ses multiples talents comme le marchand vénal répand ses babioles en plein souk, mais les distille comme de précieux joyaux au gré d'une setlist taillée à la mesure de compositions ailées.

P1040480

Des versions chevaleresques d'Anonanimal, Cold Blooded Old Times (une reprise de Smog en clin d'oeil à Callahan), Scythian Empires, et Fake Palindromes finiront d'ennoblir l'Américain.

P1040481

Le fidèle Dosh (label Anticon) assure un tatapoum poilu et seyant dans l’ombre. Encore plus dans l’ombre, le roadie le plus seventies de l’histoire des roadies volera presque la vedette à tout le monde en fin de parcours lorsqu'il viendra débarrasser le matos, avec sa moustache qu’il frisotte maladivement et son débardeur violet qu’il moule de tous ses muscles secs. On lui demande une reprise de Frank Zappa, mais rien n’y fait. La superstar underground du week-end.

P1040479

> DOMINIQUE A, 22h10

- Petit Dragon, L’Autre Dimension à portée de Ricard : « Baise les Kills, Dominique ! Baise les Kills !!! Waowwwww ! Baise les Kiiiiiiiiiiiiiiiiiiiills !!! ».
- Fabien : « Baise les Kills ! Baise les Kills ! Baise les Kills ! ».
- Petit Dragon : « Baise My Bloody Valentine aussiiiiiiiiiiiiiii !!!».

P1040487

En pleine ascension qualitative, la Route du Rock continue de (ré)hausser le ton avec l’intense performance solitaire de Dominique A. Même si l'on y connaît que pouic à la discographie du grand chauve, le magnétisme du colosse reste hors d'atteinte, tout comme son aisance à jeter son peu de moyens dans un feu puissant qui commence par l'embraser peu à peu, avant de cramer chacune des tripes présentes ce soir-là.

P1040491

P1040492

P1040499

En matière d'électricité hantée, la seule apparition nationale du Fort fait donc la triple nique aux Kills et autres suceurs de roue sonique aperçus l'avant-veille. À quelques kilomètres de là, dans la journée, il paraît que les Français Hold Your Horses ont aussi fait un sacré effet sur la scène SFR Jeunes Talents.**

> GRIZZLY BEAR, 22h10

- Petit Dragon : « Daniel, t’es le meilleur ! Department Of Eagles ! Joue Family Romance ! Family Romaaaaaaaaaaaannnnnce !!! ».
- Fabien : « Petit Daniel !!! Petit Daniel !!! Petit Daniel !!! ».

P1040543

À un moment, Ed Droste a remercié les organisateurs de la Route du Rock, qui avaient déjà invité Grizzly Bear à leur festival alors que la popularité du quatuor indie-chouchou n’était pas encore ce qu’elle est aujourd’hui.

P1040536

En dehors de ça, le concert s’est "normalement" passé. Ils connaissent leur affaire. Mais on préfère toujours, et de loin, Department Of Eagles, le projet parallèle de ce passe-partout du folk extraordinaire qu’est le minuscule Daniel Rossen (on le voit à peine sur la photo rose ci-dessous tellement il est tout petit).

P1040512

P1040523


Photobucket

> SIMIAN MOBILE DISCO - AUTOKRATZ, 01h00

- Fabien, outré : « Putain, mais c’est pas un doub’ Ricard, ça ! ».
- Petit : « C’est limite ».
- Petit Dragon : « Ah ouais... Il s’est foutu de not’ gueule, le serveur. Faut aller brûler son bar ».

P1040556

P1040552

P1040551

Après négociation, deux derniers véritab' doub’ Ricard enfilés à la vitesse de l’éclair nous serviront de navette supersonique, direction L’Autre Dimension. Les deux doublettes électroniques programmées en clôture assurent la bande son du voyage. SMD, façon pop technoïde. Autokratz, façon techno-tunning.

P1040576

P1040566

P1040578

Le chanteur d'Autokratz cultive un étonnant look basé sur un corps squelettique surplombé d'un crâne chauve. Le sac d'os balance du beat au kilomètre qui suffit à faire chalouper un Petit Dragon esseulé (L'Autre Dimension réserve ses entrées) jusqu'à pas d'heure, et lui faire allègrement rater la dernière navette de 5h00. Taxi alors. 30 euros, et le chauffeur qui parie même pas sa course au Tiercé. Rendez-nous Doudou !

P1040571

AYÉ ! C’EST FINI, 5h40

- Petit : « Bon, c'était cool de passer ces trois jours avec toi. Au début, je me disais que ça allait être relou, je savais pas trop. Mais en fait, t'es plutôt sympa ».
- Petit Dragon : « Merci, mec. C'est gentil ».

Alors que sonne le glas de cette édition 2009 de la Route du Rock, l'heure est au bilan***. Mais que dire de plus, quand on en a déjà trop dit****.

Petit Dragon.

* Pamplemousse pour Petit et Petit Dragon. Orange pour Fabien parce que la brique de jus de pamplemousse était terminée.
** Paragraphe patriote.
*** Si l'on se fie aux reportages réalisés par les habitués sur le site non officiel du festival, l'écho populaire est plutôt négatif.
**** Chute formidablement baclée. @ +.

jeudi 20 août 2009 11:45 , dans Alive and kicking



2 commentaire(s)

  • MIDI STYLE mailto ven 21 aoû 2009 16:10
    Vraiment cool ce petit dragon, je me demande si c'est le même personnage qui arpente le jardin nord de la villa Noailles fin juillet depuis quelques années...

    cool ce blog.
  • Lionel jeu 20 aoû 2009 16:44
    C'est juste que "le bassiste le plus indolent jamais vu" de Bill Callahan était en fait le guitariste le plus indolent jamais vu. Pour le reste, compte-rendu fidèle, selon moi. Magic 1 - Inrocks 0.


Votre commentaire :

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.179.224) pour vous identifier.     


ouvrir la barre
fermer la barre

Vous devez être connecté pour écrire un message à magickrew

Vous devez être connecté pour ajouter magickrew à vos amis

 
Créer un blog