Petit Dragon @ La Route du Rock - deuxième jour

QUI PERD GAGNE, Samedi 15 août à Saint Malo

- Petit Dragon, qui ne pète pas le feu aujourd'hui : « Hé monsieur, dis, ça fait loin d’aller au Palais du Grand Large à pied ? ».
- Monsieur : « Oh que non, l’ami. Si vos guiboles assurent un rythme soutenu et régulier pendant tout le trajet, vous devriez y être dans quinze minutes à tout casser ».

Mon cul ! Fumier de Malouin. T’avise plus de te promener au sommet des remparts, il pourrait t’arriver des bricoles ! En cette fin d’après-midi samedinale*, le pauv’ Petit Dragon a trimballé sa modeste carcasse pendant presque une demi-heure pour arriver là où une personne bien lunée avait demandé à The Present et Forest Fire de faire frémir leurs talents sur des planches surélevées lors de cette activité très courue ce week-end à Saint-Malo, j’ai nommé le concert. C’est râpé**, donc. On ne verra pas la doublette de performances que l’on attendait le plus pendant ces trois jours. Mais notre conscience professionnelle est tellement mastoc que vous trouverez ci-dessous deux comptes-rendus. Avec un peu de chance, y’a bien deux ou trois trucs qui collent.

> THE PRESENT - 16h00 au Palais du Grand Large

Produire les deux plus grands groupes de l’histoire (Animal Collective et Born Ruffians) vous pose un homme, ça c’est sûr. Et le jette aussi dans l’ombre à tout jamais, puisque ses propres créations, sous son nom ou avec The Present, n’ont jamais connu un juste écho. Avec sa grandeur irréfutable, sa houppette blonde et ses yeux d’un azur halluciné, Rusty Santos est pourtant un type rigolo à mirer. Sa copine Mina est chouette aussi, avec son visage d’une blancheur éclairée par le Soleil Levant. Sur scène, le couple diffuse une stéréo ambient qui renverse les éléments. Les monts ennuagés de Panda Bear plongés dans la vie aquatique d’AC, et menacés par l'expérimentation terroriste de Portishead. Après une introduction incompréhensible, sans se noyer plus dans les écueils autistes du genre, Rusty et Mina parviennent à humaniser leurs machines, à traduire leurs actions dans une langue (à peu près) accessible, et à immerger entièrement un spectateur comblé par autant d’aguiches chimériques. "C’est un foutu trip", comme disent les jeunes ringards. "Un foutu trip qui te prend aux tripes, mecton", rajouterait le nu-poète Abd Al Malik. En fin de traversée, The Present envisage de reprendre dans son entièreté Spirit They’re Gone, Spirit They’ve Vanished, l’album inaugural d’Animal Collective, mais un gros nounours vient demander à Rusty d’arrêter les frais. L’Américain regarde le pass du nounours pour vérifier son statut de Nounours Plus Important que les autres, et obtempère illicoco presto. Saloperie de nounours. Quand il rentre chez lui avec ses toutes petites jambes, il doit se faire lustrer la fourrure par le monsieur du début. Y’a de la place pour deux sur les remparts.

> FOREST FIRE – 17h25 au Palais du Grand Large

Ils sont venus de loin, Forest Fire. L’Amérique acidifiée des années 60, c’est pas la porte à côté. Plusieurs mois après la sortie d’un premier album adoubé principalement en France grâce au soutien de la Blogothèque, Forest Fire foule (a priori) pour la première fois une estrade française devant des personnes venues exprès pour les voir jouer leurs chansons. Les choses étant bien organisées, Mark Thresher et ses amis (dont une batteuse sacrément bonne inspirée) jouent leurs chansons comme prévu. Mais essentiellement des nouveaux titres. Même pas Fortune Teller. En rappel, Mick Jagger raboule et distribue des pilules à tout le public. Cette petite salope de nounours ne se fait pas prier. Après avoir fait gober tout le monde, Mick et Forest Fire ouvrent une faille spatio-temporelle comme dans Code Quantum en reprenant Paint It, Black et Sweet Virginia. Le public est heureux de ne plus savoir où et quand il habite. Les poils du nounours se hérissent. C’est bon signe.

> ST. VINCENT, 19h30

- Le chauffeur de la navette : « N’ouvrez pas les portes du milieu, bande de salopiauds ! Un peu de discipline, quand même. Et la sécurité, hein ? On se la carre au cul ?! ».
- Les salopiauds : « Waowwwww ! Vas-y putain, arrête de pousser ! C’est pas moi, c’est derrière ! Y’en a ras la casquette ! Allez les Merlus ! ».

Bordel ! Ce début de deuxième jour confine à la louse* intégrale. Après le double ratage précité, v’là tipa qu’on manque la performance de la douce Annie Clark, qui a ouvert les concerts du Fort de Saint-Papounet en lieu et place de Papercuts, qui jouent juste après finalement. La faute à qui ? La faute à Kevin Shields, notre victime expiatoire préférée. Car il semblerait que pour payer l’escroquerie le cachet de l’Anglais avec la raie au milieu, l’organisation ait rogné sur le budget transport. Les navettes censées trimballer les pauv’ festivaliers non véhiculés au Fort arrivent avec la régularité d’une éclipse solaire, et quand elles pointent le bout de leur carrosserie, elles sont déjà blindées comme un Philippe Léotard des grands soirs. Si la foule patiente dans la bonne humeur, dès que le bus déboule, c’est la ruée vers les fauteuils. Les plus sages placés pile au bon endroit du trottoir montent par devant avec soulagement, les plus énervés forcent les portes du milieu pour s’asseoir dans le véhicule rallongé, et les plus fripons mettent des mains au cul des festivalières rebondies. Augmentez de deux grammes le taux d’alcoolémie des personnes présentes, et l’autocar repart en lambeaux. Un désagrément pas bien méchant, mais irritant. Surtout quand il nous fait rater tous les débuts de soirées à 10 kilomètres de là.

> PAPERCUTS, 20h30

- Petit Dragon : « Mince, elle est plus poilue en vrai que sur les photos, Annie Clark. C’est limite. P’têt qu’elle a laissé pousser en apprenant que Peaches était à l’affiche ».
- Bérengère, sympathique attachée de presse dévouée à la bande de Jason Quever : « Ah non, là c’est Papercuts qui joue. Ils ont inversé avec St. Vincent ».
- Petit Dragon : « Ah, c'est pour ça ».

P1040332

C’est donc en recueillant avec tristesse les échos positifs sur le spectacle de St. Vincent (un one-woman show virtuose, les musiciens étant restés à quai) que l’on observe Jason Quever distiller avec application sa pop tendre à travers une sono redevenue raisonnable après le tintamarre ininterrompu de la veille.

P1040336

En plein jour, la paire de barbus rondelets (le nounours est content, il a l'impression de voir des copains à lui) et la paire d’éphèbes imberbes consolent ceux qui ont toujours été déçus par les live de Grandaddy.

P1040342

> CAMERA OBSCURA, 22h00

- Petit Dragon (avec un accent proche du lituanien) : « Ah ben, it’s very scottish comme musique ».
- Jane, charmante anglo-normande rencontrée dans l'espace des Personne Plus Importantes que les autres  : « Yeah… It’s very boring, too ».

P1040356

Avec ses robes de l'ancien temps chipées à mamie et son jeu de scène assoupi, Tracyanne Campbell n'est pas exactement le genre de star qui soulève les foules. Plutôt une anti-Peaches appliquée à sniffer des lignes claires jusqu'à s'en faire péter les naseaux. Le spectacle pop se déroule sans aucune surprise. À l'image de cette deuxième journée, d'ailleurs.

> THE KILLS, 23h15

- Petit Dragon : « Hey Rusty, how are you ? I met you at the MIDI-Festival two years ago ».
- Rusty Santos, croisé à l’entrée de l’espace pour les Personnes Plus Importantes que les autres : « Oh yeah, hi guy. I remember, you wrote I was the revelation of the festival. Hey boy, have you got weed ? ».
- Petit Dragon : « No, I'm not a fookin' junkie. But maybe you want a doub' Ricard ? ».

P1040363

Difficile d’écrire quelques lignes sur un concert des Kills sans rabâcher les mêmes qualificatifs déjà entendus mille et une fois au sujet du couple poseur et rock’n’roll. Alors ces deux lignes-là suffisent bien.

P1040359

> PEACHES, 00h55

- Un inconnu au bataillon, frère de grammage : « À poiiiiiiiiiillllllllllll ! Sal**** !!!!! ».

P1040397

Lorsque qu'il s'agit de titiller les bas instincts, Peaches n'est pas la moitié d'une pyromane sexuelle. Sa gymnastique electro-pute surexcite le public, qui se voit enfin pris à partie pour la première fois du festival. Affublée de combis outrageantes, elle fait valser son bassin au rythme de beats sans foritures. Elle fend la foule pour mieux l'astiquer, toute mouillée qu'elle est par les verres de houblons qu'on lui balance à la gueule. L'Américaine est taillée pour ce genre de soirées où il convient de fédérer à grande échelle tous les publics (nounours compris).

P1040373

> FOUR TET, 02h20

- Petit Dragon : « T'as vu Four Tet, hier ? ».
- Fabien : « Nan, je suis rentré au camping, j'étais sévèrement défoncé ».
- Petit Dragon : « Ouais, c'est pareil. Je me souviens de rien. Et puis, j'essayais de perfectionner mon maniement de la langue anglaise avec Jane ».

De la venue de Four Tet à la Route du Rock, en dehors d'un set où il alliera morceaux à paraître sur son nouvel album de la rentrée et boum tchak nuiteux pour fêtards infatigables, on retiendra surtout notre interview éclair de dix minutes en compagnie de cet ami d'enfance de Burial avec qui il vient de partager les deux faces d'un vinyle hyper collector. Par exemple, lorsqu'on demande à l'affable Kieran Hebden quel est son remix chouchou parmi les millers qu'il a pu faire, il répond que sa relecture de I Need A Life de Born Ruffians figure en tête de son palmarès. On lui demande alors si lui aussi était au courant que Born Ruffians était le plus grand groupe de l'histoire, il rétorque tout de go : « Bien sûr, garçon ». Un chic type, du coup.

> AYÉ ! C'EST FINI, 03h30

- Petit Dragon : « You come at the hotel with me ? ».
- Jane : « Mmmhhh, I don’t know you ».
- Petit Dragon : « That’s not a problem. I don’t know me, either ».

Pour parler musique, cette deuxième journée se révèle foutrement frustrante. On a lamentablement manqué ceux qu'on attendait le plus, et on s'est farci de manière oridnaire ceux qu'on attendait le moins. Pour parler du reste, c'était cool.

Petit Dragon
.

* Ce mot n’existait pas vraiment avant de naître dans cette phrase trop longue. C’est bon, tu es là maintenant, le nouveau mot. Tu peux partouzer avec tous tes collègues de lettres pour mener à bien vos entreprises grammaticales. Vis ta vie, le nouveau mot !
** Comme le fromage.

mardi 18 août 2009 10:20 , dans Alive and kicking



Aucun commentaire pour l'article: Petit Dragon @ La Route du Rock - deuxième jour



Votre commentaire :

(facultatif)

(facultatif)

error

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.179.223) pour vous identifier.     


ouvrir la barre
fermer la barre

Vous devez être connecté pour écrire un message à magickrew

Vous devez être connecté pour ajouter magickrew à vos amis

 
Créer un blog